25 ans de voyages, rencontres, partage et amitiés

J’ai voulu voir Miami et on a vu Moscou.

Miami la riche, Miami le soleil, et Moscou la pauvre, la bohème, et le froid qui te gèle les seins, mais j’avais 20 ans et pas de seins. J’ai voulu voir Paris et on a vu le Pérou, Paris la lumière, Paris la romantique, et Cusco noyée dans les nuages, héritière d’un passé millénaire, bien sûr l’élégance se trouve partout, pas seulement à Paris, mais moi je n’étais rien, je vous ai suivi. Entre le confort de ma belle maison climatisée et la misère des longues marches en montagne, j’ai choisi l’aventure, l’oubli de ma vie d’avant, et le secret de la vie sur Saturne. Je voulais aller à San Francisco, je t’avais juré, sous aucun prétexte je n’irai au Japon, les nuits sur les tatamis à Tokyo, les auvents de métal fermés qui claquent parce que c’est la saison des typhons, ou dormir entre deux hommes qui ronflent de tous leurs poumons à Sendai dans un ryokan parce qu’il y a seulement deux chambres, une pour les hommes et une pour les femmes. Et les autres alors, je ne sais pas.

Aux premiers temps des voyages, il y avait New York, Québec et Niagara Falls, sans le moindre effort, sans remords du temps qui ne revient pas. Mais bien sûr il y a la terre qui t’attend, alors voir Budapest traversée par le Danube, Berlin brisée par le mur de la honte, franchir la porte de Brandebourg et ressentir la grande force d’une humanité qui peut briser toutes les chaînes, c’est encore vrai, toujours vrai.

Regardez ces femmes à Téhéran qui dansent et chantent dans les rues sans leur voile réglementaire, qui font éclater tous les tabous. Je voulais aller à Napa Valley, boire du matin au soir, rire avec vous toutes mes amies jusqu’à ne plus pouvoir battre la mesure du temps de la musique, mais toi tu m’as amené là où la terre tourne à l’envers à Rotorua dans la région de Bay of Plenty en Nouvelle-Zélande, célèbre pour ses kiwis, mais surtout pour ses piloris autrefois utilisés pour immobiliser les condamnés, maintenant pour recevoir les visiteurs comme il se doit, aussi bien dire tomber en enfer vivants.

Au soleil, sous la pluie, il y a toujours la plus belle ville du monde, c’est celle qui vous accueille, qui vous offre tout son amour parce que vous êtes à la fois tellement étranges et tellement beaux. Je voulais voir l’Afrique, mais pas trop, peut-être Le Caire, les pyramides, peut-être aussi le Grand Sphinx. Mais comme d’habitude vous m’avez redirigé dans un ailleurs, une semaine à explorer l’autre bout de l’Afrique, Le Cap, 22o aujourd’hui, ça se prend bien. Ses nombreux townships où se logent encore aujourd’hui des centaines de milliers de personnes noires et métisses, un reliquat du passé colonialiste. Les lois d’exclusion ont changé, mais les habitudes n’ont pas tellement changé. Je ne voulais pas voir mais m’y voilà, je n’y étais pas, mais j’y suis. Comment, bien oui c’est les neutrinos qui nous traversent le corps. Si le monde est comme ça, c’est à cause des neutrinos.

Je n’ai jamais été aussi heureux que durant tous ces voyages de découvertes et d’amitiés dans le club sélect qu’est La Force de l’amitié, et ça existe encore après 25 ans, aussi beau, aussi jeune, comme si c’était il y a un an. Toute la vie, il faudrait être sur la route pour constater comment le monde est beau et grand partout sur notre planète. Mais ma préférence à moi, c’est bien Montréal, sa force et sa différence dans cette grande Amérique. J’écris ces lignes pendant que dehors ça brumasse déjà l’hiver. Je vous donne d’ailleurs la météo pour les prochaines semaines, à vous de vous y faire à la pelle à neige. Voyez deux semaines avant tout le monde: