Récemment, j’ai fait un très long voyage, pas le genre tout organisé. Non, c’était sur un coup de tête parce que j’avais besoin de changement. Mais ça a été plutôt une dérive entre Haïti et la République Dominicaine, ensuite les Amériques en passant par le Brésil, la Colombie, le Mexique, et d’autres régions innommables, jusqu’au fameux chemin Roxham. Le Darién, prononcez Dariennn à la mode espagnole, c’est là que j’ai pensé mourir avant terme. Pour 300 dollars, en américains on s’entend, on nous avait promis de nous guider vers des cieux plus cléments, parce qu’ici c’était le monde des monstres de la jungle, les serpents, les moustiques, les ravins. « La soif à en lécher les feuilles. Une femme est tombée. Une racine. On a continué sans elle. On était 43 au départ. Certains y ont laissé un frère malade à en crever, un compagnon de route devenu trop lent, un enfant trop lourd à porter… Cette autre femme qui a enterré son bébé naissant en creusant la terre avec ses mains, et elle a continué. » On ne traverse pas le Darién. Le Darién nous traverse. Continuer, c’était ça ou mourir.
Je m’appelais Jonas Dorléon, j’étais haïtien, professeur de littérature. Maintenant je ne suis plus qu’une valise en transit. Et mon nom change au gré du vent pour pouvoir avancer. Une valise qui se résume à un sac Carrefour qui contient tout mon être : une brosse à dents, un slip de rechange, un savon piqué dans une toilette, des vieux documents qui ne valent pas leur poids, la photo de ma mère décédée, la seule personne qui peut m’aider à garder espoir. J’écris mon voyage. Je me parle. Je fais de la poésie. Je rêve.
Si vous voulez lire ces écrits captivants, tellement vrais et beaux, ça ne vous coûtera presque rien. C’ÉTAIT ÇA OU MOURIR, de Thélyson Orélien, publié au Canada (2026) et disponible dans toutes les bonnes librairies pour 28 $ canadiens. Si je vous parle de ce livre, c’est parce que c’est le grand voyage que je viens de terminer et dont je vais me souvenir longtemps.
Je suis tombé par hasard sur un petit reportage de 6 minutes seulement qui vous envoie des images fracassantes de ce trajet dans le Darién. Ça nous donne un bon feeling sur ce chemin pour immigrants. Fait par France Inter, et disponible sur YouTube. On vous invite à vous abonner, mais ce n’est pas nécessaire pour voir le reportage.
